Message de Tokyo en solidarité avec les résistant.es des Jardins ouvriers d’Aubervilliers

Article paru sur « 2020okotowa »

Message de solidarité avec les camarades résistant à la spoliation des Jardins ouvriers d’Aubervilliers au profit de la piscine d’entraînement pour les JO Paris 2024

Nous tenons à exprimer notre solidarité avec les camarades qui occupent les «Jardins à défendre» depuis Tokyo, la capitale du Japon qui vit de nouveau sous l’état d’urgence face à la recrudescence de la pandémie. Nous avons appris que ces Jardins servent depuis les années 1930 d’un potager ouvrier, indispensable bien commun pour la nutrition de la classe populaire à Aubervilliers, mais aussi pour la protection de l’environnement dans le quartier. 

La spoliation de cet héritage collectif précieux n’est rien d’autre qu’un de ces «désastres olympiques» que connaissent toutes les villes d’accueil des Jeux Olympiques et que nous dénonçons au même titre que l’expulsion de nombreuses personnes des parcs publics et de l’HLM municipale au sein de Tokyo pour la construction d’un nouveau stade national. Nous sommes indignés d’apprendre que les autorités vous imposent un ultimatum pour le retrait du terrain avant le 16 juillet. Aujourd’hui vous êtres donc menacés par une évacuation de manu militari et nous saluons votre détermination à affronter cette violence administrative et policière. Ainsi l’olympisme se démasque en France comme au Japon. 

A une semaine de l’ouverture des Jeux en pleine progression de la pandémie, à Tokyo, nous tenons aujourd’hui un rassemblement à Tsukiji, un ancien marché aux poissons, pour dénoncer la visite de Thomas Bach, le président du Comité olympique international à Hirosima, ainsi que celle de John Coates, un de ses vice-présidents,  à Nagasaki. En faisant un saut aux villes incarnant la cause séculaire de l’abolition de toutes les armes nucléaires dans le monde, ils veulent redorer le blason du COI dont l’autorité symbolique et morale s’est irrémédiablement effondrée auprès du peuple japonais. Il s’agit d’une appropriation inacceptable d’une noble cause et d’un sacrilège de la mémoire des victimes des bombardements atomiques. On ne les pardonnera jamais de leur arrogance et comportement irrespectueux.  

Ce marché de Tsukiji, qui existait de 1935 à 2018 comme une institution bien ancrée dans la vie locale et quotidienne du peuple, tenait pour ainsi dire un rôle analogue du potager à Aubervilliers. C’était «un marché aux poissons à défendre», mais il a fini par être démantelé, déplacé et sacrifié, malgré une contestation très importante, à la préparation des Jeux. Le terrain a été transformé en un gigantesque parking pour les véhicules mobilisés pour l’organisation de l’événement. C’est la même logique de la destruction du bien commun qui est à l’œuvre, et on a là une preuve de plus de la nocivité indéniable de l’olympisme pour la vie et la culture du peuple.  

A Tokyo comme dans tout le reste du Japon, l’opposition à la tenue des Jeux reste assez importante, mais il faut bien dire qu’elle est essentiellement motivée par la peur de la recrudescence de la pandémie. Il est pourtant bien clair aux yeux de celles et ceux qui luttent depuis longtemps pour la défense du potager, du marché aux poissons, de la santé publique, du logement, de l’environnement, des droits de l’homme et de la paix que, même avant la pandémie, la propagande mise en œuvre par les organisateurs japonais sur les mérites supposés des JO pour le recouvrement des régions, comme Fukushima, dévastées par le tremblement de terre en mars 2011 n’est pas moins démagogique et mensongère que la main basse sur la cause de Hiroshima et de Nagasaki par les seigneurs des cinq anneaux. La pandémie ne fait que dévoiler la nature foncièrement corrompue de leur entreprise et le mécanisme de leur pillage et exploitation.

L’olympisme dépend entièrement des deux systèmes dominants que sont le nationalisme et le capitalisme. C’est pourquoi les dominateurs ne sauraient arrêter la machine olympique. Seul le peuple prêt à défier ces deux systèmes pourra l’arrêter un jour et la faire disparaître de la planète. Paris est une de ces premières villes qui ont vu leurs habitants oser relever ce défi. Nous allons suivre ce chemin en solidarité avec les camarades à Aubervilliers et partout ailleurs dans le monde. 

Non à la spoliation par l’olympisme des Jardins ouvriers d’Aubervilliers !

No Olympics anywhere ! 

16 juillet 2021, à Tokyo
Collectif Non merci aux désastres olympiques

Le 23 juin, journée NOlympique aux jardins à défendre (JAD) d’Aubervilliers

Article publié sur Paris Lutte Info.

Les opposants aux JO de Paris et/ou leurs saccages organisent une journée NOlympique à la JAD d’Aubervilliers, pour la solidarité envers les peuples opposés aux deux prochains Jeux Olympiques (à Tokyo en 2021 et à Pékin en 2022)

Les Japonais ne veulent pas des Jeux Olympiques (JO) de Tokyo. Depuis un an, tous les sondages montrent qu’à peu près 80% des sondés sont contre la tenue des JO en été 2021 dans le contexte de la pandémie. Même l’un des 68 sponsors de Tokyo 2020, le quotidien national Asahi shimbun (« Le Monde japonais » pour certains) a lancé un appel à l’annulation dans son édition du 26 mai 2021 [1]. Le 12 juin, la revue scientifique médicale The Lancet a appuyé leur argument en publiant l’article intitulé « We need a global conversation on the 2020 Olympic Games (Nous avons besoin d’un débat mondial sur les JO 2020) » [2].

Pourtant, le Comité d’organisation des Jeux Olympiques (COJO) de Tokyo, le Comité international olympique (CIO), le gouvernement métropolitain de Tokyo et le gouvernement japonais continuent à ignorer la voix grandissante des opposants. Selon le quotidien britannique The Guardian, l’argent est la seule et unique raison de cette obstination [3]. Les organisateurs de cette « fête fédératrice » ne peuvent pas se permettre de jeter quelques dizaines de milliards de coûts irrécupérables qu’ils ont déjà dépensé. C’est d’autant plus impossible pour eux quand ils n’ont pas pu trouver une assurance qui couvre l’annulation après avoir touché 375 millions d’euros lorsqu’ils avaient reporté d’un an.

Les Ouïghours, les Tibétains et les Hongkongais ne veulent pas des JO d’hiver de Pékin en 2022. Il y a vingt ans, l’attribution des JO 2008 à la capitale de la République populaire de Chine a été conçue comme une grande opportunité « pour que se comble l’écart entre la Chine et le reste du monde par la modernisation de Pékin et en répondant aux attentes nouvelles de la jeunesse chinoise » [4]. Maintenant, on ne peut plus maintenir ce fantasme. Si l’organisation des JO de Tokyo est la terrible banalisation de la catastrophe nucléaire par un spectacle « destiné à inspirer et unifier l’esprit national » [5] pour certains, l’organisation des JO de Pékin serait la reconnaissance de la politique de Xi Jinping par la communauté internationale pour les Ouïghours détenus en masse, les Tibétains privés de la liberté depuis 1949 et les Hongkongais qui sont en train de perdre leurs droits fondamentaux en ce moment même.

En 1948, les CIO a décidé que le 23 juin serait la journée olympique mondiale. Les opposants à l’olympisme en Asie de l’est ont choisi cette date pour manifester leur demande : l’annulation des Jeux de Tokyo et de Pékin. Les Japonais vont se rassembler devant le siège du gouvernement métropolitain de Tokyo puis manifester dans le quartier de Shinjuku [6]. A Sydney, à Vienne, à Berlin et à Los Angeles, les actions de solidarité (devant le consulat japonais ou ailleurs) sont prévues sous le hashtag #NOlympicDay. Les opposants aux JO de Pékin, de leur côté, préparent des manifestations partout dans le monde, notamment à Lausanne où le siège du CIO se situe [7].

Ce même jour, les organisateurs de Paris 2024 vont célébrer la journée olympique entre le pont d’Iéna et le Grand Palais éphémère, un symbole du nouveau modèle « gobelet jetable » des méga événements. Nous, les opposants aux JO de Paris et/ou leurs saccages organisons une journée NOlympique, à l’instar de nos amis du monde entier, aux jardins ouvriers d’Aubervilliers (6 avenue de la Division Leclerc, 93300 Aubervilliers) qui seront détruits pour une piscine olympique d’entraînement, devenus la JAD (Jardins à défendre) depuis le 23 mai 2021. Le matin, nous allons participer à la manifestation anti-JO à Tokyo virtuellement. L’après-midi, nous allons examiner les problèmes olympiques ici et ailleurs. Le soir, nous allons découvrir comment l’État japonais a utilisé les JO de Tokyo 1964 et 2020 pour estomper des souvenirs nucléaires – Hiroshima, Nagasaki et Fukushima -, autour d’un livre de Sabu Kohso, Radiations et révolution (Editions Divergence, 2021), avec la participation virtuelle de l’auteur japono-américain.

Journée NOlympique mondiale à la JAD d’Aubervilliers :

11:00 : Diffusion en direct de la manifestation contre les JO 2020/1 à Tokyo et la participation virtuelle depuis la JAD

14:00 : Discussions JO d’hiver 2022 de Pékin : boycott, annulation ou abolition ?

15h30 : Corsetage juridique : lois olympiques et contrats ville hôte

17h : Atelier culinaire participatif : Véganisme au Japon (shojin ryori), ou comment le bouddhisme a contribué à la cuisine japonaise.

18:30 :
Discussion/Arpentage autour de « Radiations et révolution » de Sabu Kohso (Éditions Divergences), notamment le chapitre 2, « Une nation catastrophique ».

21:00 : Repas partagé (prix libre)

Aux Jardins ouvriers d’Aubervilliers, 6 avenue de la Division Leclerc, 93300 Aubervilliers.

Organisée par Saccage 2024
https://saccage2024.wordpress.com/
@Saccage2024

Notes

[1https://www.asahi.com/articles/DA3S14916744.html

[2https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(21)01293-9/fulltext#.YMd04cFJHTY

[3https://www.theguardian.com/sport/2021/jun/10/claims-could-run-into-billions-the-interests-at-stake-if-olympics-in-japan-were-cancelled

[4https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2009-1-page-51.htm

[5] Sabu Kohso, Radiations et révolution, Editions Divergences, 2021.

[6Page de l’évènement (en japonais)

[7https://nobeijing2022.org/fr/accueil/